Le progrès sous la peau > Nous vivons une époque formidable. De ce côté-ci du monde en tout cas. Notre espérance de vie bat tous les records, notre accès au monde a réduit à presque rien les frontières du temps et de l’espace, chaque jour apporte son lot de découvertes, repoussant toujours plus loin ces menaces qui faisaient encore frémir nos grands-parents. En quelques décennies seulement, la science, la technologie, l’information… ont bousculé notre quotidien et font aujourd’hui partie intégrante de notre existence. Au nom du de la santé, du confort, de la sécurité,… au nom du mieux-être en général. Et pourtant, le bonheur ne semble pas être au bout du chemin. Ce mode de vie préfabriqué génère un malaise. Ce malaise induit des questions parfois angoissantes quant à notre avenir. Le travail actuel de Sébastien Laroche-Hôte se situe au cœur de ce questionnement. Issu d’une tradition ‘classique’, il a d’abord exploré les méandres de la ligne, les arcanes de la géométrie ainsi qu’un bel échantillon du genre humain dans une veine résolument figurative. L’humanité est pour lui bien plus qu’une source d’inspiration ou un sujet d’étude. Il s’agit d’une préoccupation dévorante qui mobilise tout à la fois ses sens, ses neurones et son empathie, sans oublier ce précieux enthousiasme qui manie l’humour jusque dans la gravité.

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Car le propos actuel de Sébastien Laroche-Hôte, même s’il n’est pas de révéler ou de dénoncer, n’en livre pas moins une réalité qui dépasse allègrement le cadre de la fiction, et même d’une certaine science-fiction. L’humour est-il le garde-fou des interprétations les plus folles ou un baume nécessaire à de telles confrontations ? La question se pose. Carcasses d’ordinateurs, processeurs, cartes mémoires, écrans aveugles, batteries, radios médicales, seringues, baxters… Le décor est planté, la machinerie bien en place pour accueillir ces succédanés d’humanité que sont les ‘test babies’, poupées impersonnelles qui s’intègrent à merveille à cet assemblage hétéroclite. Immobilisées, câblées, branchées, elles pourraient aussi n’être qu’une émanation de la machine à notre image, le stade ultime de l’instrumentalisation de la vie. A ce stade, au-delà du reflet d’une époque, la vision de l’artiste exprime des angoisses bien réelles. Au spectateur de poursuivre le dialogue avec l’œuvre et mais aussi avec lui-même. Le travail de Sébastien Laroche-Hôte se situe à mille lieux de toute polémique. S’il veut interpeller, c’est sans volonté de choquer. Sa démarche se nourrit d’une observation objective qui interroge les dérives, avérées ou possibles, des développements technologiques : traçabilité galopante, multiplication des procédés d’identification, conditionnement, violation de la vie privée et de l’éthique, expérimentation humaine,… Autant de débats qui agitent l’opinion publique, sans réelle incidence sur le cours des choses. Dans un langage d’une nécessaire austérité, manipulant un matériau dont il scrute l’impact sur notre existence, Sébastien Laroche confirme cette nouvelle orientation d’une œuvre qui demeure, envers et contre tout, profondément humaine.

© D.Paternoster. > brusselsmuseum.be > Critique et historien d’art

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Take over > Sébastien Laroche-Hôte est né dans le monde du dessin car son père, Jacques Hôte (1939-1986) fut l’un de nos tout grands dessinateurs. Son œuvre a été, hélas, dispersée mais les quelques grandes pièces restantes encore visibles témoignent d’une maestria sans faille. Prendre la relève était une véritable gageure. Pour se préparer à cette succession difficile,Sébastien Laroche-Hôte va suivre une formation complète à l’Institut des Arts Plastiques Sainte-Marie. Cet Institut pas comme les autres avait inauguré sous la direction de Pierre-Paul Dupont, une série d’échanges et de confrontations sous le titre d’Ecole en Galerie, ce fut une époque formidable mais une rude école avant d’affronter le monde des cimaises. Sébastien Laroche-Hôte va travailler longtemps dans l’ombre pour se révéler avec des œuvres longuement mûries en atelier. La plume est légère mais fouineuse, pas un espace ne reste vierge de sensations et le regard se perd dans les multiples sollicitations de l’image/ Il y a des rosaces et des roues, des scènes croquées ; telles des détails soulignés sans appuyer.On pense à certains primitifs flamands et à leurs allégories inscrites dans les œuvres comme « en passant » et qui n’en ont que plus d’impact. Encre de Chine, mine de plomb, rehauts de couleurs ambrées, tout s’assemble pour raconter une histoire que l’amateur d’art découvre après une véritable lecture car il ne s’agit jamais de « vision générale » mais bien d’un monde qui se révèle doucement, au fil des traits et des ombres, un monde étonnant, parfois dérangeant, non dépourvu d’humour ! Surprise, j’y ai découvert une allusion à mon penchant pour la documentation et la conservation de détails évanouis qui font la joie des historiens d’art. Sans cris et sans éclats, Sébastien Laroche-Hôte avait saisi dans notre conversation, le petit trot de la roue qui tourne sans cesse et forme la pièce maîtresse de l’horloge du temps. Une exposition marquante dans sa jeune carrière et qui recèle l’espoir d’un développement ultérieur qui sera riche en émotions et en découvertes graphiques. 

© Anita Nardon (A.I.C.A.) > Brussels News

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Old school > Ce qu’on appelle couramment graffiti(s) recouvre en réalité un vaste champ de pratiques, une multitude de styles, inscrits dans différentes traditions aussi bien graphiques que picturales. On peut se perdre facilement dans les méandres sémantiques du terme, d’autant plus qu’il est souvent utilisé de façon érronée. Ici, le terme graffiti renvoie à un outil bien précis – la bombonne de peinture – et à un ensemble spécifique de formes graphiques. On y retrouve le tag qui est une signature plus ou moins stylisée faite en un trait ; le bombing (ou le chrome) et le throw-up (ou le flop) qui sont des lettrages grand format peints en deux couleurs ; et bien sûr, la fresque dont le niveau d’abstraction est parfois très élevé (le Wildstyle). Il n’est, dans ce cadre, pas question de pochoirs. Apparu aux Etats-Unis à la fin des années 70, ce type de graffitis s’est répandu d’abord en Europe avant de se développer à l’échelle de la planète, surtout en milieu urbain. Ainsi, Paris, Berlin, Amsterdam, Londres, ont connu leurs premiers graffitis au début des années 80, c’est-à-dire au moment où le graffiti new-yorkais faisait son entrée dans des galeries d’art spécialisées. L’histoire du graffiti a été marquée par l’évolution des styles, des supports (trains, métros, murs, panneaux en bois, toiles) et celle des lieux (rue, espaces désaffectés, galeries d’art), en rapport avec de nombreuses dénominations : writing, graff, graffiti-art, subway art, spraycan art, tag (parfois synonyme de graffiti, en français) et plus récemment, street art ou art urbain. En Belgique, ce type de graffitis date de la fin des années 1980. Non initié, le grand public lui a réservé un accueil plutôt mitigé. Les pouvoirs publics, pour leur part, ont déployé au fil du temps des efforts visant à l’encadrer; les mesures entreprises étant tour à tour répressives et socio-pédagogiques. Le développement du graffiti belge a été fortement lié à la formation de groupes précurseurs comme DTA, DSC, BRC, RAB ou encore CNN. 

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Psychedelic way / Outside mural painting > acrylic > General Meiser place > order for S.T.I.B. > 1999 / Surface 232,500 in² / 150 m²  

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Psychedelic way – detail

Parmi les pionniers du graffiti belge, on retrouve Sébastien Laroche-Hôte alias KumiOne. Dans son passé de graffeur, il s’est inscrit dans cette lignée certes, mais se sentant davantage proche de graffeurs comme Lokiss (Paris). KumiOne a signé de nombreuses fresques en Belgique : Bruxelles, Anvers, Mons, Liège, Charleroi, de même qu’en Hollande, en Italie et en Grèce. Il a notamment peint une fresque pour le Musée itinérant des montres Swatch et a animé, par ailleurs, des ateliers de graffiti dans le cadre de ses études artistiques. KumiOne a dépassé assez vite le registre formel du graffiti pour aller vers une approche plus picturale. Dans cet esprit, il a eu d’abord un intérêt particulier pour le travail du peintre américain Roy Lichtenstein, nom emblématique du Pop Art. Cet intérêt a abouti dans une série de personnages dessinés au crayon et au feutre, dont une partie a été diffusée en Europe, sous la forme d’autocollants. Par la suite, KumiOne a été encore plus loin, penchant vers l’abstraction, lorsqu’il a laissé de côté le travail des lettres pour exploiter l’enchevêtrement des formes. L’histoire du graffiti renvoie inévitablement à une multiplicité de profils, de motivations, de parcours et de visions. Ce qui est transversal c’est vraisemblablement la volonté de création : le travail des lettres, des couleurs, de la composition ; la maîtrise de l’outil et du support, tout en déjouant les dispositifs de surveillance et les tentatives d’encadrement. Autrement dit, la volonté de surprendre, de secouer, de résister, de dépasser et de se dépasser par le biais et dans le prolongement d’un acte créatif, porté par le défi et l’adrénaline. C’est ce même élan que l’on retrouve dans le projet « Progress Under my Skin ». Sébastien Laroche-Hôte le canalise dans une nouvelle direction, animé par une prise de conscience aiguë : celle des dérives de la technologie biométrique et de sa banalisation.

© M. Liebaut /

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Microcosm > Fils du dessinateur et sculpteur Jacques Hôte (1939-1986), Sébastien Laroche-Hôte prolonge à sa manière une œuvre unanimement saluée par la critique. Sans renier les leçons du passé, il s’inscrit néanmoins dans la diversité de notre époque. Après avoir tâté de l’abstraction, du pop art et de la fresque murale, son parcours l’a curieusement mené au dessin dans un style qu’on qualifierait volontiers de classique. Représentations intimistes ou portraits imaginaires au fusain mais surtout compositions foisonnantes à l’encre de Chine, à la mine de plomb, rehaussées de couleurs, qui présentent des condensés d’humanité sur fond d’allégories et de symboles universels, parmi lesquels la roue ou la rosace font figures de fil rouge. Un microcosme qui s’appréhende un peu comme on dénoue l’écheveau d’une énigme et dont la teneur renvoie aux grandes questions existentielles. Outre la jubilation que procure la lecture de ces histoires multiples, les dessins de Sébastien Laroche-Hôte évoquent aussi un cortège d’émotions qui s’incarnent en des personnages tour à tour joyeux, espiègles, méditatifs ou étonnés d’être là.

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Une prochaine exposition à la galerie Pictura Aeterna sera l’occasion de faire plus ample connaissance avec la richesse de cet univers. Quant à la galerie Espace Blanche, elle proposera de découvrir un autre aspect de son travail à travers une série de tableaux en trois dimensions qui dénoncent, dans une vision d’angoisse, les dangers d’une technologie toute-puissante mise au service du contrôle des individus. 

© D.Paternoster. > L’événement. 

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H program > Avant d’être plasticien, Sébastien Laroche-Hôte est surtout un patient observateur des apparences illusoires de la société contemporaine. La coexistence des singularités de celle-ci, qu’elles soient de nature psychologiques, religieuses ou spirituelles sont le matériau de base de son travail. L’être humain, élément central, et sa recherche de sens, situant le point de jonction dans l’interface du « grand Labyrinthe ». L’addiction, le besoin irrépressible de s’identifier à un groupement, à une école de pensée et d’action, lui apparaissent comme des éléments épars entravant une vision globale du monde phénoménal et de sa réalité relative, transitoire et impermanente. Il se joue, dès lors, du médium ou du format utilisé pour tenter d’en extraire l’illusion conceptuelle ; seule compte la symbolique universelle émanant des représentations graphiques, bidimensionnelles ou tridimensionnelles ; micro et macro étant modulables à l’envi ; seule la collision optique, un éveil subjectif de la psyché collective, ayant une raison d’être.

sebastien-laroche-factory-3Le caractère hypnotique de l’univers informatique, le marquage compulsif de l’être humain et son besoin sécuritaire, l’identification électronique, les débordements de la nano(bio) technologie, sont autant de thèmes récurrents de son champ d’expérimentations plastiques. Réalisés principalement par des composants d’ordinateurs démembrés, décortiqués, ses tableaux tridimensionnels se positionnent en détournant ceux-ci de leurs fonctions initiales, les plaçant en surbrillance ou en opposition visuelle au corps organique et cérébral enfantin ; ses « Test Babies » étant les premières « potential database  targets » d’une programmation neuronale. Cartes-mères, tours, boitiers, câbles, se métamorphosent en autant de neurotransmetteurs de sensations, d’accès séquentiels de pulsions, d’administrateur cervicaux ou de systèmes actifs d’exploitation. Les arrangements sonores électroniques lancinants, les instruments chirurgicaux et autres ustensiles médicaux mis en scènes, soutiennent  le sentiment de confrontation au langage formel, à une éthique moribonde et délictueuse. L’autonomie de pensée est circonscrite, court-circuitée et réinitialisée, spéculation d’une génération nouvelle de « web-êtres », au phénotype génétiquement transformé, servant de souris de laboratoire.

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Téléchargés, téléguidés et mis en réseau à leur insu dans un monde balisé par un mégaprogramme préconfiguré et indétectable : « The Beast. » La toxicité de l’asservissement numérique traque l’intuition visuelle au travers des images graphiques, se retrouve dévoilé, dénudé et exposé à l’incrédulité de l’observation. La liberté formatée de la société de consommation, le filtrage des flux d’informations et de désinformations, l’interactivité entre intelligence et intelligence artificielle, le néo langage codé : autant de lignes d’accès à l’interpellation de la conscience et à une exploration individuelle de ce qu’il nomme « Programme H », ou – programme intranet humanoïde -.

© Bella Davis > F-Main /

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Sébastien Laroche-Hôte à l’Espace blanche

A l’heure où l’on se pose de plus en plus de questions sur l’avenir de l’espèce humaine, une exposition comme celle de Sébastien Laroche a de quoi interpeller. Explorant avec une belle lucidité les abus de l’identification et de la traçabilité humaine, l’artiste s’est attaché à composer des panneaux qui, à leur manière, démontent cette triste réalité qu’est la puce électronique envahissant notre quotidien. Certes, les intentions de cette technique (pas si futuriste que cela) sont louables. Mais jusqu’à quel point ? Les développements possibles d’une telle pratique font froid dans le dos et certains rapports alarmistes tendent à démontrer qu’on est déjà bien loin dans l’expérimentation, voire dans la pratique. Je connaissais Sébastien Laroche-Hôte pour ses tableaux et dessins figuratifs dont la truculence et le foisonnement humain rappellent certaines compositions bruegheliennes. Il est aussi un fervent amateur de rosaces dont il exploite avec talents la beauté symbolique. L’Espace blanche présente ici un aspect inconnu de son travail, qui rompt avec le style plus traditionnel de ses autres réalisations. L’exposition interpelle. A partir d’un assemblage de composants électroniques, l’artiste construit des tableaux dont l’intensité dramatique naît de la présence de ces têtes de poupées, symboles de l’enfance (et de l’innocence !) qu’il intègre, branche, connecte et finalement déshumanise dans un réseau de fils et de connexions. Une exposition à voir à l’Espace Blanche. Elle vaut le détour !

J.B. > belgianartists.be

 



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